Rejoins la TradTeam sur Discord !
< Retour à la liste des traductions

Ce qui murmure dans le noir






Note de l’auteur : originellement publiée dans le Jump Point 1.1, cette histoire se déroule avant les événements de La Génération Perdue.


Les gens compliquent les choses. Ils ont toujours su faire ça. Examinez n’importe quelle civilisation fonctionnelle et vous y trouverez du chaos, de la confusion et de la frustration. Elle pourrait être humaine, xi’an, banu, vanduul ou autre. Nous avons peut-être l’air différent, sommes peut-être construits différemment, mais au fond vous trouverez les mêmes insécurités, peurs et anxiétés nous ronger.



Tonya Oriel contemplait l’abysse béant derrière sa verrière. L'Adagio en quatre mouvements de Kaceli résonnait délicatement dans le vaisseau vide. Les scanners balayaient leurs fréquences à l’affût de toute anomalie.



Le vide. Il était pur. Il était simple. Il était permanent.



Une profonde sérénité enveloppait Tonya comme une couverture, du genre qui n’existe que lorsque l’on est la seule personne à des milliers de kilomètres à la ronde. Tout le monde peut profiter de Terra, de la Terre ou de Titus, avec leurs mégalopoles grouillant de monde. Pas un instant sans qu’il n’y ait une personne au-dessus, à côté ou en-dessous de soi. Tout y est bruit. Tonya avait besoin du silence.



Son vaisseau, le Beacon, dérivait dans ce silence. Tonya avait personnalisé chaque point d’attache et chaque module avec un scanner, un système de communication longue portée, ou un équipement de prospection pour pouvoir s’éloigner de plus en plus du bruit.



Le problème était que le bruit s’obstinait à la suivre.



* * * *

Après trois semaines à la dérive, Tonya ne pouvait plus le repousser. Elle devait se ravitailler et vendre les données et minéraux qu’elle avait récoltés. Après les réparations, de nouveaux filtres et une mise à jour du spectrum, elle espérait qu’il lui resterait assez pour un peu de nourriture.



Le Centre de Transport Xenia dans le système Baker était l’endroit le plus proche d’un foyer qu’elle ait eu ces dernières années. Tonya programma son approche au travers des files de vaisseaux entrants et sortants. Le trafic de la station était plus dense que d’habitude. Dès l’appontage du Beacon, son écran se mit à afficher une poignée de nouveaux messages en provenance du spectrum. Elle les transféra vers son mobiGlas et se dirigea vers le sas.



Tonya s’arrêta à l’entrée et savoura ce dernier moment de solitude alors que le sas effectuait son cycle, puis appuya sur le bouton.



Le bruit des gens s’engouffra comme une vague. Elle prit une seconde pour s’acclimater, ajusta son sac et s’introduisit dans la foule.



Carl dirigeait un petit réseau d’information depuis son bar, le Torchlight Express. Ancien prospecteur pour une équipe de terraformation depuis longtemps disparue, Carl échangeait des minéraux contre de la gnôle et des informations. Tonya le connaissait depuis des années. Autant qu’une personne puisse l’être, Carl était une pépite.



L’Express était mort. Tonya vérifia l’heure locale. C’était le soir, il n’y avait donc pas de raison pour cet état. Un groupe de prospecteurs était attablé dans un coin, en pleine conversation à voix basse. Carl était adossé au bar, en train de regarder une partie de sataball sur l’écran mural. Ses doigts tannés tapotaient le rythme d’une chanson quelconque qu’il se jouait dans sa tête.



Son visage s’éclaira en apercevant Tonya.



« Eh bien, que nous vaut cet honneur, docteur ? » demanda-t-il dans un sourire.



« Ne commence pas, Carl. »



« Bien sûr, désolé, docteur. » Il devait s’ennuyer. Il ne l’appelait comme ça que lorsqu’il voulait chercher les ennuis. Tonya jeta son sac au sol et se glissa sur un tabouret.



« Quelque chose d’intéressant ? » Elle s’attacha les cheveux en arrière.



« Je vais bien Tonya, merci d’avoir demandé. Les affaires tournent un peu au ralenti, mais tu sais comment c’est, » répondit Carl sur un ton sarcastique en faisant glisser une boisson vers elle.



« Allez, Carl. Je ne vais pas te faire le coup du client qui vient échanger des banalités. »



Carl soupira et regarda autour de lui.



« Au point où j’en suis, je prendrais n’importe quel client. » Il se versa un verre depuis le distributeur. Tonya tourna son mobiGlas et lui montra son manifeste. Il le parcourut. « C’est léger cette fois-ci, hein ? »



« Je sais. Tu connais des acheteurs ? »



« Combien est-ce que tu veux en gagner ? »



« Ce que je peux, » dit Tonya en buvant une gorgée. Elle pouvait voir que Carl était agacé par sa non-réponse. « J’ai besoin de l’argent. »



« Je pourrais t’en avoir dix, » répondit-il après une longue pause.



« Je te donnerais mon enfant à naître pour dix. »



« Avec tous les gamins à naître que tu me dois, tu devrais t’y mettre, » dit-il. Tonya lui asséna une claque sur le bras.



Un des prospecteurs se dirigea vers le bar avec des verres vides. Il était jeune, le genre de type qui cultivait une apparence faussement négligée. Il avait probablement passé une heure à la perfectionner avant de sortir.



« Une autre tournée. »



Alors que Carl le servait, le prospecteur examina Tonya, laissant à son apparence une chance de faire son effet. Ce qui échoua. Carl lui tendit les nouvelles boissons, le prospecteur paya et s’en retourna l’air légèrement déçu.



« Je crois que quelqu’un t’aime bien, » taquina Carl.



« Pas mon genre. »



« Vivant ? »



« Exactement. » Tonya regarda les prospecteurs. Ils étaient vraiment en pleine conversation ouvertement secrète. « Tu sais ce qu’ils font ici ? »



« Évidemment que je le sais. »



« Ah oui ? Qu’est-ce qu’ils racontent ? »



« Rien… Enfin, rien à moi en tout cas. » Carl extirpa une oreillette et la lui tendit. Tonya l’essuya et la porta à son oreille. Tout à coup, elle entendit leur conversation parfaitement distinctement. Elle regarda Carl, estomaquée.



« Tu as des micros sur tes tables ?! » murmura-t-elle. Carl lui intima de se taire.



« Je fais du commerce d’information, chérie, donc ouais, » dit Carl, presque offensé à l’idée de ne pas espionner ses clients.



Tonya but une nouvelle gorgée et écouta les prospecteurs. Il ne lui fallut que peu de temps pour comprendre de quoi il était question. Apparemment, Cort, celui qui avait tenté de séduire Tonya par sa rugosité, avait obtenu un tuyau par son oncle qui servait dans la Navy de UEE. L’oncle avait participé à des exercices de recherche et sauvetage dans le système Hadès lorsque leurs scanners avaient localisé par accident un dépôt de khérium sur Hadès II. Faisant partie de l’armée, évidemment, ils ne pouvaient rien faire, mais Cort et ses potes comptaient bien se faufiler là-bas pour le récolter.



Le khérium était une matière première très demandée. Si les informations de ces prospecteurs étaient justes, ils parlaient d’une petite fortune. Certainement assez pour réparer le Beacon, voire même y installer quelques améliorations.



Encore mieux, ils ne savaient visiblement pas comment le trouver. Le khérium n'apparaît pas sur un scan standard pour du métal ou des radiations. Il faut un spécialiste pour le trouver et l’extraire sans l’altérer. Heureusement pour Tonya, elle savait faire les deux.

« Tu as cet air que je connais bien, » dit Carl en remplissant son verre. « De bonnes nouvelles ? »



« Je l’espère, Carl, pour nous deux. »



* * * *

Carl la débarrassa de son chargement à prix cassé pour qu’elle puisse repartir aussi vite que possible. La dernière fois qu’elle avait vérifié, les prospecteurs étaient encore à l’Express et, de ce qu’elle entendait, ils ne partiraient pas avant plusieurs heures, voire une journée.



Tonya libéra le Beacon du dock et retrouva sa solitude bien-aimée. Les moteurs bourdonnaient en la propulsant plus loin dans l’espace, vers une bouée de sauvetage.



Le système Hadès était une tombe, le dernier monument d’une antique guerre civile qui avait oblitéré un système entier et la race qui le peuplait. Il figurait sur la liste des lieux à étudier de Tonya, mais chaque année Hadès était assiégé par de nouvelles fournées de jeunes scientifiques qui l’exploraient pour leurs travaux, ou par des chasseurs de trésors à la recherche de l’arme qui avait brisé Hadès IV en deux. Le système était devenu du bruit à fuir.



Tonya devait admettre que passer devant Hadès IV la faisait toujours frissonner. Ce n’est pas tous les jours que l’on peut voir les entrailles d’une planète tuée dans la fleur de l’âge.



Il y avait aussi les rumeurs qui disaient que le système était hanté. Il y avait toujours un pilote qui connaissait une personne qui connaissait quelqu’un qui avait vu quelque chose en traversant le système. Les histoires allaient de dysfonctionnements techniques inexpliqués à des observations de vaisseaux fantômes. C’était n’importe quoi.



Il y avait un flux irrégulier de vaisseaux qui passaient à travers Hadès. La route de vol principale passait loin des planètes centrales. Tonya ralentit son vaisseau jusqu’à ce qu’il y ait un trou de bonne taille dans le flux du trafic, avant de bifurquer vers Hadès II.



Elle passa une barrière de satellites défunts et descendit dans l’atmosphère bouillonnante d’Hadès II. Le Beacon eut un soubresaut en entrant dans les nuages. La visibilité devint nulle et soudain le vaisseau fut plongé dans le bruit, le hurlement de l’air et la pression. Tonya garda un œil sur ses capteurs et élargit la portée de ses alertes de proximité pour s’assurer de ne pas percuter une montagne.



Soudain, les nuages disparurent. Le Beacon fila dans la faible gravité au-dessus d’un océan d’un noir d’encre. Tonya recalibra rapidement ses propulseurs pour le vol atmosphérique et regarda longuement la planète autour d’elle.



Comme elle s’y attendait, c’était une coquille vide. Les signes d’une civilisation intelligente étaient présents partout mais tout était en train de s’écrouler, calciné ou détruit. Elle survola de vastes villes tout en courbes, construites au sommet d’arches élancées, destinées à faire en sorte que les bâtiments ne touchent jamais le sol de la planète elle-même.



Tonya maintint une altitude de croisière. Le rugissement de ses moteurs résonnait dans le vaste paysage désert. L’ensoleillement était une autre victime de l’exécution de ce système. La couverture nuageuse ne se dissipait jamais, donc la surface ne voyait jamais la lumière du jour. Elle était en permanence baignée dans un sombre brouillard gris-vert.



Tonya étudia la topographie pour tracer un chemin et activa les scanners pour qu’ils détectent la signature unique du khérium qu’elle avait programmée. Elle engagea le pilote automatique et se contenta de regarder par la verrière.



Maintenant qu’elle était là, elle s’en voulait de ne pas être venue plus tôt. Le fait que ce soit l’un des lieux les plus étudiés de l’UEE n’était pas important. En contemplant de ses propres yeux l’étendue de la dévastation, Tonya ressentait cette attirance que l’intellect a pour un bon mystère. Qui étaient-ils ? Comment étaient-ils parvenus à s’auto-détruire de façon aussi efficace ? Comment savait-on qu’ils s’étaient réellement auto-détruits ?



Quelques heures passèrent sans résultat. Tonya grignota rapidement un morceau et exécuta ses exercices sportifs quotidiens. Elle vérifia une seconde fois les paramètres de ses scanners pour s’assurer qu’il n’y avait pas d’erreur dans les données d’entrée. Deux mois plus tôt, elle avait analysé une planète sans rien trouver, avant de découvrir sur le chemin du retour qu’un paramètre erroné avait faussé le scan. Ça la perturbait encore. C’était une erreur de débutant.



Elle chercha quelques textes à propos d’Hadès. Alors qu’elle en était à la moitié d’une étude sur l’exobiologie des Hadèsiens, son écran émit une alerte. Tonya s’y précipita.



L’écran indiquait faiblement la présence de khérium plus bas. Elle vérifia une troisième fois les paramètres avant de s’enthousiasmer. Ils avaient l’air correct. Elle regarda par le pare-brise. Une petite ville s’étendant au-dessus de la mer sans fin d’arbres morts se trouvait plus loin devant. Un laser orbital ou quelque chose du genre l’avait apparemment frappé, créant d’énormes cratères dans les bâtiments et le sol.



Tonya regarda de plus près. Les cratères s’enfonçaient d’environ deux-cent mètres dans le sol, révélant des réseaux de tunnels souterrains. Ils ressemblaient à une sorte de système de transport.



Tonya chercha un lieu d’atterrissage approprié disposant d’une couverture l’abritant des survols. Si elle était encore là quand les prospecteurs arriveraient, son vaisseau serait un signal flagrant et les choses se compliqueraient.



Elle enfila sa combinaison environnementale et un respirateur. Elle pouvait vérifier les scanners du vaisseau par l’intermédiaire de son mobiGlas mais ajouta un autre scanner/cartographe à son matériel de forage, juste au cas où. Enfin, elle activa sa caisse de transport, espérant que les amortisseurs anti-gravité seraient suffisants pour rapporter le khérium.



Tonya posa le pied à la surface. Le vent fouettait autour d’elle, soulevant furieusement des vagues de poussière. Elle poussa la caisse devant elle au travers de la forêt foudroyée. Des branches noueuses accrochaient sa combinaison à son passage. La ville s’élevait au-dessus, sombres silhouettes devant les nuages gris-vert.



Sa curiosité l’emporta et Tonya décida d’emprunter une rampe d’accès aux rues de la ville. Elle se dit que le détour serait moins pénible pour les batteries de la caisse. Les rues planes sont plus faciles à analyser pour les compensateurs anti-gravité que les terrains accidentés.



Tonya se déplaça parmi les rues désertes et abandonnées avec émerveillement. Elle étudia les courbures étranges des structures. Chacune démontrait une compréhension fantastique bien que totalement étrangère de la dispersion de la pression et du poids. Cet endroit semblait à la fois naturel et bizarre, intellectuellement fascinant et émotionnellement épuisant.



La signature du khérium était toujours faible mais présente. Tonya manœuvra la caisse pour contourner des véhicules détruits en forme de goutte d’eau. Des traces d’impacts dans les bâtiments et les rues l’amenèrent à suspecter qu’une bataille s’était déroulée ici, elle ne savait combien de centaines ou de milliers d’années auparavant.



Le cratère le plus proche du khérium était un trou parfait, perforé dans le sol au beau milieu de la ville. Tonya se tenait sur le rebord, cherchant le chemin le plus simple pour descendre. La caisse pouvait flotter, mais elle allait devoir descendre.



En quelques minutes, elle installa une ligne de sécurité pour elle-même et la caisse. Elle enjamba le rebord et descendit lentement en rappel le long du mur à pic. La caisse compliquait un peu ce qui aurait dû être une descente simple. Les amortisseurs anti-gravité impliquaient que n’importe quel type de force pouvait faire dériver la caisse, donc Tonya devait garder une main dessus en permanence. Pour empirer les choses, le vent commença à souffler plus fort, projetant de petits cailloux, des branches et des débris.



Un cri perçant déchira l’air. Tonya s’immobilisa. Elle l’entendit à nouveau et en chercha la source. Le cri n’était que des soutènements exposés courbant sous le vent.



Elle réalisa soudain que la caisse lui avait échappé. Elle dérivait doucement au-dessus du cratère, le vent tourbillonnant la faisant valser telle un jouet. Tonya s’étira pour l’atteindre, mais la caisse flotta juste hors de sa portée. Elle frappa le mur du pied et se balança dans l’air tumultueux. Le bout de ses doigts attrapa de justesse le conteneur avant qu’elle ne revienne percuter le mur du cratère.



Sa vision se troubla et l’impact lui coupa le souffle. Son ATH se brouilla. Elle finit par reprendre son souffle et s’accorda quelques instants avant de poursuivre sa descente.



Le scanner du Beacon ne pouvait pas isoler la signature plus clairement pour déterminer la profondeur, elle devait donc s’appuyer sur son scanner portable. Le khérium avait l’air d’être situé entre deux tunnels.



Tonya sécurisa la caisse, grimpa dans le tunnel supérieur et attacha ses cordes. Elle vérifia l’intégrité de sa combinaison suite à la tempête de débris. L’ordinateur était un peu brouillé mais lui indiqua que tout était en ordre.



Elle alluma une lampe-torche et activa les micros externes de sa combinaison. Le tunnel était un tube parfaitement taillé qui s’enfonçait en pente dans les ténèbres. Tonya ne pouvait pas voir le moindre système d’alimentation ou de rails pour confirmer sa théorie de tube de transport. Elle commença à marcher.



Des heures passèrent dans le noir. Tonya se sentait un peu mal à l’aise et décida donc de se reposer quelques minutes. Elle prit une gorgée de sa réserve d’eau et vérifia son scanner. Elle était toujours au-dessus du khérium et il était toujours indiqué comme se trouvant devant elle. Au moins, ça n’avait pas changé.



Elle entendit quelque chose. C’était très faible. Elle afficha les réglages audio puis monta le gain de ses micros externes. Une mer de bruit blanc emplit ses oreilles. Elle resta immobile jusqu’à ce qu’elle l’entende à nouveau. Quelque chose en train de se faire traîner, puis plus rien.



Des fenêtres de vision infrarouge et nocturne apparurent dans les coins de son HUD. Elle ne pouvait rien voir. Dans les vastes étendues de ces tunnels, il était difficile de déterminer la distance qu’avait pu parcourir ce son. Elle ouvrit néanmoins la caisse et en sortit le fusil à pompe. Elle s’assura qu’il était chargé et essaya même de se souvenir de la dernière fois qu’elle avait eu une raison de s’en servir.



Tonya commença à se déplacer de façon plus précautionneuse. Elle ne pensait pas qu’il s’agisse des prospecteurs. Cela pourrait très bien être un quelconque pirate ou contrebandier. Elle n’allait cependant pas prendre le moindre risque.



Le tunnel s’agrandit avant de finalement laisser place à de vastes ténèbres. La vision nocturne de Tonya ne pouvait même pas en voir la fin. Elle fouilla dans ses affaires et en sortit quelques vieilles fusées éclairantes. Elle en alluma une.



C’était une ville. Une ville-miroir, pour être précis. Alors que celle en surface s’élevait vers le ciel, celle-ci était taillée vers le cœur de la planète. Des passerelles connectaient les diverses structures construites sur plusieurs niveaux. Elle n’avait jamais entendu parler de quelque chose de semblable auparavant. Tout le monde spéculait sur le fait qu’une guerre civile avait détruit ce système. Etait-ce là une ville du camp adverse ?



Elle arriva à une intersection et au premier signe réel que le combat était venu jusque là. Une barricade de véhicules fondus bloquait l’un des tunnels. Les murs étaient calcinés par des explosions ou des tirs de laser. Une silhouette se dessinait même encore sur le mur.



Tonya se plaça devant elle. Les Hadèsiens semblaient avoir un corps plutôt rond et volumineux avec de multiples et fins appendices. Une tâche vieille d’un millier d’années ne permettait pas de conclure grand-chose, mais même en tant que simple silhouette, elle avait l’air terrifié.



Une structure caverneuse était construite dans le mur à proximité. Tonya s’approcha pour l’examiner. Elle était certainement plus ornée que la plupart des autres bâtiments ici-bas. Il n’y avait pas de porte, juste d’étroits portails ovales. Il y avait une sorte de technologie intégrée dans les rebords.



Tonya décida d’aller jeter un œil. C’était une profonde cuvette avec des rangées d’enclos construits sur les côtés. Tous étaient tournés vers un point unique, un cylindre ressemblant à du marbre au fond de la cuvette. Tonya descendit dans sa direction. Il y avait un petit objet posé dessus. Elle garda sa lumière et son fusil pointés vers celui-ci. Il était fait de la même pierre ressemblant à du marbre que le cylindre. Elle regarda autour d’elle. Était-ce une sorte d’église ?



Elle se pencha pour regarder l’objet de plus près, faisant attention à ne rien toucher. C’était une petite sculpture. Elle n’avait pas une forme hadèsienne. Pas une forme avec laquelle elle était familière. Elle se demanda si elle devait la prendre.



La tête de Tonya se mit soudain à tourner. Elle chancela en arrière et se rattrapa sur les enclos. Après quelques instants, cela passa. Un élancement subtil commença à se faire sentir dans son bras. Elle l’étira, essayant de faire passer la douleur. Elle posa son regard une dernière fois sur la petite sculpture.



Elle sortit du bâtiment décoré et regarda son scanner. Le khérium n’était pas loin. Elle suivit les indications du scanner dans les tunnels sombres et tortueux. Ses yeux restaient rivés sur la lueur croissante de l’écran. Elle trébucha sur quelque chose. Le scanner heurta bruyamment le sol. Le bruit résonna pendant une minute.



Tonya secoua légèrement la tête. Cet endroit… Elle ralluma ses lumières directement sur le visage d’un corps putréfié, sa bouche ouverte dans un cri silencieux.



« Bordel ! » s’exclama-t-elle en s’en éloignant précipitamment. Elle regarda autour d’elle. Il y avait une autre forme sur le sol à environ six mètres d’elle. Un coffre se trouvait entre les deux. Le choc initial s’estompa.



Tonya se releva, attrapa son scanner et se dirigea vers le premier corps. Son crâne avait été fracassé. Il n’y avait cependant pas d’arme. Pas de gourdin ou de barre à proximité. C’était étrange. L’autre s’était clairement suicidé. L’arme était encore dans sa main. Ils étaient définitivement humains et, d’après leurs vêtements, il s’agissait probablement de prospecteurs ou de pirates. Elle ne connaissait pas la composition de l’air à cet endroit, elle ne pouvait donc pas estimer de façon précise depuis combien de temps ils étaient morts mais elle suspectait qu’ils l’étaient probablement depuis quelques mois.



Elle se glissa vers le coffre et l’ouvrit d’un coup de pied. Du khérium. Déjà extrait et soigneusement emballé. Un délicieux soulagement perça au travers de son épuisement.



« Merci les gars. » Tonya les salua rapidement. « Désolée que vous ne soyiez plus là pour le partager. » Quelque chose traversa sa fenêtre de vision infrarouge.



Tonya attrapa son fusil à pompe et l’épaula. La chose avait disparu. Sa respiration devint haletante alors qu’elle attendait, son doigt en suspension devant la détente. Elle augmenta à nouveau le gain de ses micros externes et scanna le hall, tout en se disant de se calmer. Se calmer.



Chaque mouvement de sa combinaison était amplifié cent fois dans ses oreilles. Elle balaya la longueur du tunnel de son fusil, cherchant la chose qui s’y trouvait avec elle. Quelque chose traversa les grésillements.Tout proche.



« Bienvenue à la maison », entendit-elle siffler.



Tonya tira dans l’obscurité. Elle se retourna d’un bond. Rien par là. Elle rechargea et tira tout de même. Les tirs firent griller les haut-parleurs de son casque.



Elle attrapa le coffre et se mit à courir.



Elle courut à travers les glissants et obscurs tunnels ascendants, à présent dans un silence total. Elle passa l’intersection où l’hadèsien levait toujours les bras de terreur. Elle passait son temps à regarder en arrière. Elle pouvait jurer que quelque chose était là, juste hors de portée de sa vision infrarouge, l’observant depuis les ténèbres saturées d’interférences.



Tonya sprinta dans une côte et aperçut la lumière sinistre de l’entrée, pour le moment à peine de la taille d’une tête d’épingle. Ses jambes la brûlaient. Son bras la faisait atrocement souffrir. Tout ce qu’elle voulait, c’était dormir, mais elle pas question de s’arrêter. Si elle s’arrêtait, elle savait qu’elle ne repartirait jamais.



Elle se tracta jusqu’en haut de la corde et traversa la forêt foudroyée jusqu’au Beacon. Trente secondes plus tard, les propulseurs roussissaient la terre. Une minute après, elle quittait l’atmosphère.



Alors qu’Hadès II s’éloignait, elle tenta de reprendre ses esprits. Sa combinaison environnementale tournait lentement sur son cintre dans la chambre de décontamination. Elle remarqua quelque chose.



Les fonctions respiratoires dans le dos étaient endommagées. Le choc contre la paroi du cratère en était probablement la cause. Cela avait cogné les alimentations et elle recevait trop d’oxygène. Les maux de tête, la nausée, la fatigue… même cette voix. Bien que son souvenir la glaçait encore. Tout cela était probablement simplement des hallucinations et des effets de l’intoxication à l’oxygène.



Probablement.



Tonya programma une route vers le Centre de Transport Xenia à Baker. Elle avait des choses à vendre, oui, mais en cet instant elle voulait être avec des gens.



Elle voulait être là où il y avait du bruit.



Dans la chambre de décontamination, la petite statuette hadèsienne gisait sur le sol.




FIN








Source de cet article | Traduit par Lomelinde, relu par Silkinael, Arma
©2018 www.starcitizen-traduction.fr — (CC BY-SA 3.0)