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La coupe : seconde partie

de Robert Waters







N.D.A : La seconde partie de La Coupe à été initialement publiée dans le Jump Point 1.9.
Vous trouverez la première partie ici.


À la fin de la première étape de la Murray Cup qui traversait le système Ellis, Ykonde Remisk évinça Hypatia Darring avec un jet de surpuissance, bien que techniquement légale, définitivement dangereuse. Ces deux pilotes humains avaient fini bien avant leurs plus grands adversaires, le vétéran tevarin Zogat Guul et le rusé xi’an Mo’tak Xu.oa. Darring réagit alors à la manœuvre de Remisk...



Darring bondit hors de son vaisseau, traversa en trombe la baie du porte-vaisseaux, trouva Remisk au centre d’une bande de journalistes, et envoya son poing droit vers son visage réjoui.



Il esquiva juste à temps.



L’un des membres de l’équipe de Remisk agrippa Darring et la retint à distance pendant qu’elle vociférait des accusations. « Enfoiré ! T’as failli me tuer ! »



Remisk se rétabli de l’assaut, l’air détendu face à la foule, ajustant son col et affichant un léger sourire. « Je ne vois pas de quoi vous parlez, Darring. J’ai fait une course réglementaire. »



« T’as essayé de me brûler vive ! »



Le choc et la stupéfaction se propagèrent parmi les expressions des convives.



Du coin de l’œil, Darring pouvait apercevoir un officiel de la CM arrivant dans leur direction, l’air préoccupé, mais elle n’en avait que faire. Elle se dégagea de l’emprise du membre de l’équipe et propulsa à nouveau son poing. Remisk attrapa son bras et le retint fermement.



« Reculez, Darring », dit-il, « Ou je vais porter plainte. »



« Je vais en déposer une pour ta disqualification, pauvre… »



« Allons, humains, restons civilisés. »



Mo’tak se fraya un chemin à travers la foule et se positionna derrière Remisk. Il attendit que l’officiel de la CM arrive, puis continua. « Ecoutez ces paroles : Je peux vous affirmer que de mon point de vue, M. Remisk n’a violé aucune règle de la
CM
. En fait, non seulement son mouvement était brillant de simplicité, mais il a témoigné d’un profond dévouement à l’égard des valeurs de ce sport. Remisk n’a jamais touché le vaisseau de Mlle Darring avec le sien. Il a montré une incroyable maîtrise de sa manœuvre. Je peux en attester. »



« Tu peux attester d’embrasser mon... »



Guul s’interposa et écarta les doigts de Remisk du bras de Darring. Il chuchota dans son oreille. « Venez, allons-y. Pas ici, pas de cette façon. »



Mo’tak gloussa : « Vous devriez l’écouter, jeune demoiselle. Guul a un esprit sage. »



Guul ignora Mo’tak et poussa Darring à travers la foule. « J’ai dit allons-y. »



Elle s’apaisa, puis ils traversèrent la baie du porte-vaisseaux puis une longue coursive étroite qui menait à un petit atrium avec des chaises, des tables et une vue sur Ellis III. L’orbite de la planète était encore animée par la course et les groupes de pilotes encore en piste qui passaient. C’était un magnifique tableau, avec les anneaux du parcours pulsant de leurs couleurs et la silhouette brouillée par la vitesse des vaisseaux qui s’y engouffraient à des vitesse vertigineuses.



Darring observa la scène, et sa colère s’estompa.



« Prenez un siège, Hypatia », dit Guul en tirant une chaise de dessous une table. Daring s’assit, croisa les bras, et continua d’observer la course.



Guul s’assit à ses côtés, en se pliant bien prudemment dans ce siège de style humain. « Maintenant, dites-moi… Qu’est-ce que c’était, tout ça ? »



Darring ne répondit pas tout de suite, mais elle croisa le regard sévère de Guul. Puis elle cligna des yeux, soupira et dit : « Il a triché. Il m’a coupé le passage et balancé ses propulseurs devant le nez. »



« Ce n’est pas une violation des règles, et vous le savez. »



« Et bien ça devrait. »



« Vous savez », dit Guul, secouant la tête et se redressant sur son siège, « Je ne m’attendait pas à ce qu’un électron libre comme vous soit tant l'esclave des règles. »



Darring finit par sourire. « Un reliquat de l’héritage de mon père. Joue selon les règles, Hypatia, dit-elle, imitant une profonde voix masculine. Gagne en suivant les règles, et ils n’auront jamais de motif pour t’enlever la victoire. »



« C’est un noble point de vue », remarqua Guul, « Mais, en course, un peu naïf. Il y a les règles, et puis, il y a les règles. Mais si vous tirez encore sur la corde comme ça, surtout en présence de témoins, c’est vous qui serez exclue, non Remisk. »



Darring laissa échapper son opinion. « C’est un crétin, et Mo’tak aussi. »



« C’est vrai, mais il n’y a rien que vous puissiez faire à ce sujet pour le moment. Ils feront ce qu’il ont à faire pour gagner, et vous devez garder votre calme. En outre... ». Le regard de Guul devint plus sérieux, le visage baissé vers les vaisseaux qui fonçaient devant eux. « Je veux faire ma dernière course contre le meilleur pilote. Et si vous êtes expulsée, ce sera contre des prétendants ou des has been. »



Darring fronça les sourcils avec inquiétude. « Pourquoi votre dernière ? Vous avez encore de nombreuses années devant vous. »



Guul hocha la tête. « De nombreuses années peut-être, mais pas en tant que pilote de course. Chacune de mes articulations est douloureuse, mes os sont cassants, et mes yeux me trahissent. Il est temps d’arrêter. »



Darring resta assise en silence, ne souhaitant pas parler, ne voulant pas accepter que son héros soit proche de la fin. Et elle venait juste de le rencontrer. Comment pouvait-il s’en aller maintenant, alors qu’elle avait tant à discuter avec lui, tant à apprendre ? Ensuite, il voudrait probablement rentrer chez lui (où que cela puisse être), et elle ne le reverrait plus jamais. Le temps de la course allait être tellement précieux. Quand aurait-elle une autre opportunité de lui parler, d’apprendre de lui ? Si c’était sa dernière Murray Cup, pensa-t-elle, peut-être que je devrais le laisser un peu devant, le laisser gagner une étape ou deux, le laisser prendre la tête lorsque...



« Qu’est-ce que c’est que ce regard ? »



Elle se tourna vers lui en haussant innocemment les épaules. « Quel regard ? »



Guul se pencha en avant. « Vous pensez à me laisser la course, n’est-ce pas ? Vous pensez : Donne une dernière victoire au vieux Tevarin. Et bien, oubliez cette absurdité. Mes proches sont des guerriers, Hypatia, et nous avons une devise : Honore ton ennemi, félicite-le si tu le dois, mais ne rate jamais une chance de gagner. Ici, vous et moi sommes amis. Là-dehors... », dit-il en montrant la course. « Nous sommes adversaires. » Promettez-moi que si l’on se retrouve au coude à coude sur le tour final et que vous avez une opportunité de gagner, vous le ferez, que vous ne montrerez aucune pitié, ne me laisserez aucun répit, et au moins si je perds, je saurais que ce sera contre le meilleur. Promettez-le moi. »



Son visage était si sérieux que Darring comprit qu’il ne la laisserait pas sortir de la pièce avant qu’elle promette, et qu’elle le fasse sincèrement.



Elle acquiesça. « Je le promets. »



Gull se leva. « Excellent. Maintenant, je vous dois un dîner. Vous avez faim ? »



« Je suis affamée ! »



Ils marchèrent ensemble le long du corridor et prirent un tournant en direction du réfectoire du porte-vaisseau. C’était une bonne idée de faire un bon repas avant de se diriger vers Ellis IV, autant que de prendre un peu de repos d’ailleurs. Les prochaines phases de la course allaient être difficiles, et Darring devrait bientôt avoir à faire face à son chef d’équipe et déterminer si son vaisseau n’avait pas subi de trop lourds dommages. C’était une conversation dont elle se passerait bien.



« Demandez à votre chef d’équipe d’aller parler au mien. C’est un ancien pilote de M50, il était dans le coup lorsque j’avais... »



Guul ne finit pas sa phrase. Ils passèrent un virage et virent trois humains enveloppés dans des vêtements sombres, comme pour correspondre à la faible lumière du couloir. Aucun des trois n’hésita.



L’un sortit un couteau et porta un coup de taille vers la gorge de Darring. Elle se recula instinctivement et sentit le souffle brutal du mouvement sur son menton. La lame ne trouva pas de chair mais Darring fit un bond en arrière vers le mur derrière elle.



Les deux autres furent immédiatement sur Guul mais malgré sa confession sur ses douleurs articulaires, il bougeait vite, maîtrisant l’un par une prise à la tête et se protégeant des poings de l’autre. Darring essaya d’aller vers lui mais son assaillant n’était pas hors d’état de nuire. Il fendit l’air à nouveau avec sa lame, cette fois en direction de l’estomac. Elle contra avec un mouvement qu’elle avait appris en self-défense, puis lui envoya son poing dans les reins.



Alors que l’homme se retournait, se ressaisissant du coup, Darring reconnut son visage. Il faisait partie de l’entourage de Mo’tak, celui qui avait protégé son patron et qui avait hoché la tête à son attention lorsque le xi’an s’était éloigné. Elle grinça des dents, grimaça et lui envoya sa botte dans l’entre-jambes, le faisant s’écrouler à genoux. Elle continua son assaut contre le visage de l’homme, le frappant à deux reprises avant qu’il ne se retourne et lance une jambe qui la faucha. Darring sentit sa hanche résonner lorsqu’elle tomba brutalement sur le sol du corridor.



Il bondit à nouveau sur elle, mais elle était prête. Elle calcula son mouvement pour replier ses genoux et l’envoyer valser à travers le couloir. Elle essaya de se relever pour le poursuivre mais le corps de l’un des autres assaillants passa au-dessus d’elle et vint s’écraser contre le mur. Elle tourna son regard vers Guul et l’aperçut faire de la chair à pâté du visage du troisième homme. Ses compagnons, sanguinolents, amochés et certainement peu enclins à subir d’autres coups, rassemblèrent rapidement leurs abattis et décampèrent.



Guul relâcha le troisième homme, le repoussant contre le mur. Darring bougea vers lui mais malgré son visage tuméfié, il évita la prise, saisit son poignard et s’élança dans le corridor, dans la direction opposée à celle qu’avaient emprunté ses complices.



Darring parvint aux côtés de Guul. Il était assis contre le mur et pressait une large entaille sanglante sur son ventre. Darring dégagea sa main pour l’examiner. « Salauds », dit-elle, l’aidant à se remettre debout. « Bande de salauds. Venez, je vous emmène à l'hôpital. »



Guul secoua la tête, et la repoussa. « Non. Emmenez-moi juste à mon équipe. Ce n’est pas si grave. J’ai eu pire. »



« Mais il faut parler de ça à quelqu’un, leur dire que c’est Remisk et Mo’tak. »



« Comment le savez-vous ? »



« L’un des hommes… Je l’ai vu parmi le gang de Mo’tak l’autre jour. »



Il acquiesça. « Mais vous ne pouvez pas le prouver. »



« Voyons, Guul », dit-elle, laissant sa colère émerger. « Ne faites pas l’idiot. Vous savez très bien qui a ordonné cela. »



« Vous avez peut-être raison, mais ils sont trop intelligents pour laisser des preuves derrière eux. Et si vous avez tort, cela vous desservira, surtout avec votre attaque contre Remisk, qu’il n’a pas provoquée. Mo’tak a de nombreux amis parmis les officiels de la
CM
. Ce sera étouffé comme il se doit. » Il pointa du doigt le couloir, l’atrium et l’espace, au-delà. « Nous les vaincrons là-dehors. »



Darring acquiesça à contre-cœur. Elle n’aimait pas le plan mais en resta là pour le moment. Le plus important était maintenant de l’amener à quelqu’un, qui que ce soit, qui pourrait l’aider.



Le soutenant d’un bras autour de la taille, elle l’aida à rejoindre son équipe.



* * *



« Vous êtes en retard. », déclara Mo’tak, silencieusement assis dans l'obscurité de la salle. Remisk ne perdit pas de temps à exprimer son agitation.



« Ça doit s’arrêter, Mo’tak. Ça va trop loin. »



« Comment cela ? »



« Ils auraient pu être tués. Tous les deux. Je n’ai pas signé pour ça. »



« Et pourquoi avez-vous signé ? »



« Le sabotage, ça va. Endommager un moteur, obstruer une conduite de carburant, abîmer une aile, dépasser violemment un pilote avec une manœuvre illégale. Tout ça, ça va. Gagner ou perdre, réussir ou échouer, tout cela fait partie du jeu tacite. Mais essayer de tuer des gens, c’est carrément une autre affaire. »



Mo’tak eut un rire bref. « Et que voudriez-vous faire à la place ? Ne faire l’étape finale que contre moi, ou contre Guul et Darring en plus ? Le Tevarin est une bête, et cette petite louve est bien meilleure que quiconque ne veuille le croire. S’ils restent dans la course, vous serez relégué dans l’histoire au rang de celui qui a eu sa chance, mais qui a raté la Triple Couronne. »



Tu échoueras malgré tout, , pensa Mo’tak. Une fois que je me serai occupé de Guul et Darring..



« C’est fini, Mo’tak. », affirma Remisk en ponctuant sa déclaration d’un franc revers de la main. « Je ne fais plus votre sale boulot. »



Mo’tak alluma une lampe sur la table à côté de lui. Sous le halo de lumière, se trouvait une petite boîte dorée qu’il ouvrit délicatement. Une petite seringue reposait en son centre. Il la prit et la tint comme s’il voulait faire une injection. « Oh, je pense que si. Il vous reste des choses à faire pour moi. Et si vous ne les faites pas, je partagerai avec la commission d’arbitrage de la
CM
ce qui est à l’intérieur de cette seringue. »



« Qu’est-ce que c’est ? »



Mo’tak haussa les épaules. « La substance même qui vous a donnée une concentration presque surhumaine, une habileté à anticiper les mouvements trois, quatre tours à l’avance. »



« C’est un mensonge ! Je n’ai jamais pris de drogue de ma vie. »



« J’ai planifié cela depuis très, très longtemps, Remisk. Laissez-moi vous expliquer. Un jeune pilote brillant veut se faire un nom dans le métier. Il gagne la Goss Invitational d’un cheveu et commence à penser qu’il a vraiment une chance de gagner la Triple Couronne. Il va voir un dealer à la petite semaine et lui demande : « Que peux-tu me donner qui ne puisse pas être détecté par les scanners ? » Le revendeur lui donne ce que je lui avais précédemment donné, une préparation xi’an appelée e’tâm. Pour nous, cela produit un état méditatif léger, mais lorsqu’elle est introduite dans le système cérébral humain, cela crée plutôt un état d’hyper-conscience, une perception presque extra-sensorielle. Les scanners de la
CM
tels qu’ils sont réglés actuellement ne peuvent pas la détecter. Et cela fait des mois que vous en prenez. »



« Vous êtes un menteur ! »



Mo’tak ignora l’accusation. « Et voilà le piège. Il y en assez là-dedans pour vous garder en forme jusqu’à la fin de la course. Prenez-la, et tout ira bien pour vous. Sinon, quelque part aux alentours d’Ellis IX, quand votre vaisseau sera soumis aux forces gravitationnelles de cette boule géante gazeuse, vous tomberez dans un état de manque puis dans un profond sommeil, et finirez écrasé par les forces de cette météo sauvage. » Mo’tak tenait la seringue devant Remisk afin qu’il la voie bien, laissant quelques gouttes perler de l’aiguille. « Qu’est-ce que ce sera, mon ami ? Vie ou mort ? »



Remisk resta un long moment dans l’obscurité, puis finalement, il retroussa sa manche et offrit son avant-bras. « Enfoiré. »



Mo’tak planta l’aiguille dans une veine. « Non, Remisk, ce n’est pas ce que je suis. Je suis juste un homme d’affaires protégeant son investissement. »



Il injecta la dose en entier dans le bras de Remisk, puis replaça la seringue vide dans la boîte dorée. Remisk se leva et baissa sa manche. Il se retourna pour partir mais Mo’tak l’arrêta dans son élan.



« Oh. », dit-il en cherchant dans sa poche, puis exhibant une capsule argentée. Il la lança à Remisk. « Apportez cela à notre homme dans l’équipe de Darring, et assurez-vous qu’il la place bien à l’endroit dont nous avons parlé. Nous voulons être sûr que cette petite arriviste passe une agréable course à travers l’Ossuaire. »



Remisk partit. Mo’tak s’attardait dans le noir, se mordillant l’intérieur de la joue gauche, pensant à l’avenir. Il soupira. Il n’aurait jamais dû compter sur Remisk, sur un humain, pour faire ce travail. Il ne pourrait jamais leur faire confiance. De sa vie, il n’avait jamais eu de bonne expérience avec eux. Pas en tant que pilote de course, pas durant ses années de service militaire obligatoire, pas comme jeune adulte, et certainement pas comme enfant, lorsque des pirates humains avaient dispersé sa famille et tué sa mère. Il n’y en avait aucun d’honorable dans le tas.



Mais Remisk… Puis-je lui faire confiance pour finir le boulot avec Darring ? Mo’tak haussa les épaules. Peu importait de toute façon. Qu’il le fasse ou pas, le temps de Remisk dans la compétition était compté. Avec la dose que je lui ai donné, pensa Mo’tak en se levant et en quittant la pièce, il ne survivra pas à l’Ossuaire non plus.



* * *



Rebonjour, et bienvenue pour une autre émission de GSN qui continue de retransmettre la Murray Cup. Après un départ difficile d’Hypatia Darring, avertie et sanctionnée pour sa conduite peu sportive, les choses se sont apaisées. Mlle Darring a gardé son calme et est revenue dans la course pour affronter, dans un impressionnant tête-à-tête autour d’Ellis V, le vétéran Zogat Guul. Étant connus pour être des amis proches, Ils ne se font pas de cadeau pour autant tout au long de ces périlleuses courses. Mais maintenant, la portion la plus acharnée de la course est devant nous. La Mer de la Désolation ou l’Ossuaire, comme la plupart des pilotes l’appellent, se profile à travers la vitre de notre cabine de pilotage. quelqu’un pourra-t-il braver les carcasses de vaisseaux abandonnés et les astéroïdes tranchants disséminés dangereusement sur le parcours ? Découvrons-le...



Mo’tak était sur sa gauche, Guul sur sa droite, et quelque part derrière elle, Remisk attendait de surgir. Ils étaient dans cette configuration depuis un long moment, zigzaguant entre les coques endommagées des vaisseaux de course précédents et les astéroïdes de plusieurs tonnes, certains tellement massifs que leur gravité tirait sur sa carlingue lorsqu’elle passait. Son radar affichait l’Ossuaire dans toute sa splendeur, et il y avait de nombreux passages qu’elle pouvait emprunter à travers les obstacles, certains plus courts, certains plus longs. C’était une étape chronométrée, mais les chemins étaient parfois rétrécis pour forcer les pilotes à se harceler, ce qui en faisait la plus dangereuse de la course. Les carcasses vides et cabossées des vaisseaux autour d’elle en attestaient.



Elle se déplaça sur sa gauche et emprunta l’un des passages les plus étroits. Passer par là la rapprochait peut-être de la ligne d’arrivée, mais les obstacles étaient ici disposés de façon tout simplement ridicule. Elle vira sur la gauche, effectua un tonneau à travers une large percée dans une ancienne coque. Le pilote juste derrière elle rompit la formation et piqua vers un autre passage. À cette vitesse, Darring ne pouvait pas dire s’il s’agissait de Remisk ou non, mais un chat en moins à fouetter l’arrangeait bien.



Mo’tak était, quoiqu’il en soit, toujours sur sa gauche. Guul avait également rompu la formation et avait emprunté un passage plus long mais moins parsemé de débris. Elle pouvait voir son petit point rouge sur son radar, et plusieurs autres fondant sur lui de tous côtés. il était dans une merde noire, elle le savait, surtout si certains de ces pilotes travaillaient à l’unisson pour le mettre hors-jeu. Son Hornet modifié pourrait avoir des difficultés avec de trop nombreux obstacles, c’est pourquoi il avait pris la route la plus longue. Il n’était pas idiot.



Mo’tak rabattit brusquement son 350R et se plaça au-dessus d’elle. Les images de la turbine embrasée de Remisk envahirent son esprit, mais cette fois, elle ignora ses pulsions et garda son cap.



La vitesse, c’est la vie.



Un pilote banu dans son Avenger lourdement modifié se glissa à côté d’elle. Il y avait quelques Banu dans la course et Darring ne pouvait pas se souvenir du nom de celui-ci, mais elle se rappelait son vaisseau caractéristique, rayé noir et vert. Il essaya de la diriger vers le cratère de l'astéroïde droit devant eux. Darring relâcha la pression de son pouce sur son accélérateur, comme si elle voulait ralentir et laisser la place au Banu, mais au dernier moment, elle écrasa le bouton de ses propulseurs et fit une brusque chandelle au point que le ventre de son M50 frôla de quelques centimètres le sol du cratère, soulevant un nuage de poussière du manteau de débris que l’Avenger traversa dans son sillage. Le Banu dut subitement virer, offrant encore un avantage à Darring.



Je peux aussi la jouer pourrie !



Darring riait dans l’oreille de son chef d’équipe qui l'avertissait d’y aller doucement et de ne pas risquer d’obstruer les entrées d’hydrogène. Il était inquiet à propos de son moteur qui avait été retapé après son surmenage autour de Verdure. Il restait encore beaucoup à parcourir dans la course mais il était surtout concentré sur Ellis IX, la géante gazeuse qui allait appliquer une sérieuse pression sur sa coque. Il ne voulait pas qu’elle pousse trop son moteur une seconde fois. Mais elle s’amusait. Elle appréciait la Mer de la Désolation, l’Ossuaire, avec tous ses merveilleux périls.



Seul Mo’tak l’ennuyait désormais. Le reste de ses concurrents étaient loin derrière ou avaient emprunté une autre route. L’itinéraire en face d’elle était certes délicat, mais c’était le sien. Maintenant, c’est elle qui le dominait, elle s’installa au fond de son siège et laissa rugir son moteur.



Désormais, Mo’tak perdait du terrain et la lueur rouge de proximité s’arrêta de clignoter sur le radar. Elle était libre, et la ligne d’arrivée était toute proche.



Soudainement, une icône d’alerte s’alluma sur son moniteur de refroidissement. Elle s’aperçut que la dissipation de son moteur avait brusquement chuté. Elle activa des commandes, pianota sur des écrans, et maintenant, d’autres lumières d’alerte clignotaient.



Quelque chose n’allait pas avec son carburant. Il grimpait en température, trop rapidement, trop haut, et le système de refroidissement ne pouvait pas suffisamment dissiper l'excès de chaleur. Cela brûlait son moteur et sa coque se dilatait, craquait, la comprimant dans son harnais.



Elle activa son Com Link. « Quelque chose ne va pas, ici ! Le moteur atteint une chaleur critique. »



« Vérifie la soupape d’évacuation de chaleur sur le... »



Elle tenta de faire ce que son chef d'équipe lui avait conseillé, mais avant qu’elle ne puisse bouger son bras, du feu s’engouffra dans son cockpit, enveloppant son casque et son torse. Elle paniqua, agitant ses mains pour éloigner le feu mais cela ne servait à rien. Les flammes devenaient de plus en plus grosses, s'immisçant sous sa combinaison, perçant la doublure au niveau de son cou, et brûlant son visage et ses épaules.



« Rupture du générateur imminente ! », hurlait dans son oreille le système de sécurité. « Rupture du générateur imminente ! »



Éprouvant la douleur vive des brûlures, Hypatia Darring chercha sous son siège, frappa le panneau d'éjection et expédia la verrière dans l’espace. Les propulseurs sous elle s’activèrent et l’envoyèrent suivre le cockpit, haletant pour trouver de l’air et toujours engoncée dans son siège.



Cinq secondes plus tard, juste avant qu’elle ne perde conscience, Darring aperçut son M50 exploser en mille morceaux.



À SUIVRE…







Source de cet article | Traduit par Holf, relu par Arma
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