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La coupe : troisième partie











N.D.A : La troisième partie de La Coupe à été initialement publiée dans le Jump Point 1.10.
Avant le chapitre final, assurez-vous d’avoir lu les
première et seconde parties.


Se remettant de ses débuts décevants lors des compétitions de «La Coupe», Darring s’est appliquée à revenir en tête de peloton. Elle était sur le bon chemin pour sortir victorieuse de La Mer de la Désolation, l’Ossuaire, lorsque son vaisseau a surchauffé jusqu’à l’explosion.



Darring se réveilla dans une pièce silencieuse et aseptisée aux murs blancs, remplie de sons de moniteurs. Elle était allongée dans un caisson médical contenant un gel pâle et visqueux. Des électrodes étaient posées sur sa nuque et sa poitrine. Elle sortit son bras du gel et essaya de se relever. Une main ferme l’en empêcha.



« Pas encore », dit la voix. « Pas avant que le docteur dise que c’est bon. »



Elle reposa sa tête contre la paroi de la cuve et cligna des yeux plusieurs fois jusqu’à faire la mise au point sur le visage au-dessus d’elle. « Zogat », dit-elle, la voix rauque, la gorge sèche et la langue pâteuse. « Où… Où...



- L’infirmerie du porte-vaisseau, dit-il. En orbite autour de d’Ellis VIII. »



Elle essaya à nouveau de se relever mais ressentit une profonde douleur dans son épaule lorsqu’elle bougea les bras. Elle posa la main sur sa poitrine et sentit une couche de peau brûlée, légère et souple grâce au gel, mais bien présente. De terrifiants souvenirs refirent surface. « Mon vaisseau ? »



Guul secoua la tête. « Irrécupérable. Il fait maintenant partie de la Mer de la Désolation. »



Darring massa son épaule douloureuse. « Que s’est-il passé ?



- Ils n’en sont pas sûr, mais votre vaisseau est rapidement monté en température, enflammant votre générateur. C’est une chance incroyable qu’il n’ait pas explosé alors que vous étiez encore harnachée dedans. »



- Ils savent ce qui a causé ça ? »



- Ils n’ont pas pu récupérer assez du fuselage ou de l’équipement de surveillance électronique pour connaître la cause exacte mais... » Il fit une pause, laissant les mots résonner dans le silence. « Remisk a avoué. »



- Quoi ? »



- Il a avoué. En fait, il est devenu fou, il a attaqué un reporter , à deux doigts de lui arracher le visage. Il dit qu’il a mis une sorte de capsule dans votre réservoir, ou plutôt, il a engagé quelqu’un de votre équipe pour le faire qui, d’ailleurs, s’est fait virer. Il a même avoué avoir envoyé les malfrats qui nous ont attaqué. »



Elle hocha la tête, ressentant un moment de soulagement. « Et bien, Mo’tak aussi est fini. »



Guul baissa le regard. Il secoua la tête. « Non, Hypatia, Mo’tak n’a rien confessé du tout, et Remisk n’a impliqué personne d’autre. Il est devenu catatonique, il ne peut ni parler ni bouger. Il est sous l’effet de quelque chose, mais ils n’arrivent pas à savoir quoi, ils ne peuvent pas le détecter. Ils ont peur qu’il meure avant d’être interrogé. Il est hors-course, mais Mo’tak est toujours là et a condamné publiquement Remisk en des termes plus que virulents. La course a été suspendue durant quelques jours pour que les équipes restantes puissent procéder à une vérification obligatoire de leur vaisseaux, puis elle pourra reprendre. » Il secoua la tête. « Il y a trois choses certaines dans la galaxie, comme vous, les Humains, pourriez le dire : la mort, les impôts et la Murray Cup. La course continuera toujours. »



Darring ferma les yeux et reposa sa tête en arrière. Elle retint des larmes. « Oui, mais c’est fini pour moi. »



Il fit une pause puis répondit : « Pas encore. »



Elle se demanda comment, mais sitôt sa phrase terminée, la porte de la chambre s’ouvrit et Mo’tak entra, fier et droit, portant une combinaison or et violet, trois reporters dans son sillage, dont l’un avec une caméra. Il eut un rictus et dit d’une voix sincère : « Ah, je suis si heureux de vous voir réveillée. Nous nous sommes tous inquiétés. »



Bien sûr. Elle voulait dire ces mots, mais la forte pression que Guul exerçait sur bras recommandait de faire différemment. Elle ravala sa haine et essaya de sourir. « On dirait que les Moires sont de mon côté. »



Mo’tak acquiesça. « Effectivement. Et cela veut aussi dire que Dame La Chance vous a gratifié de ses faveurs. Avec mon cadeau, vous pouvez désormais revenir dans la course. »



« Quel cadeau ? »



Mo’tak semblait surpris. « Votre ami ne vous l’a pas dit ?



- J’étais en train de le faire , dit Guul.



- Et bien alors laissez-moi la fierté de le dire à tout le monde. » Mo’tak ajusta sa position parmi les journalistes, leur laissant le temps de se préparer.



Le xi’an s’éclaircit la voix. « Moi et l’entreprise familiale Xu.oa voulons encore une fois condamner fermement les actions d’Ykonde Remisk. Ses lâches tentatives vont à l’encontre de ma politique et de celle de la CM. L’intégrité de la course doit être préservée, c’est pourquoi, en signe de bonne volonté et pour garantir une compétition de qualité, j’ai offert mon M50 personnel pour qu’Hypatia Darring puisse continuer la course. »



Cela prit un moment avant que son cerveau enregistre l’information et, pour l’y aider, un écran vidéo révélait un M50 or et violet impeccablement propre. Il était somptueux, magnifique. Darring l’adorait, mais s'inquiétait des motivations de Mo’tak.



« Hors de question », aboya-t-elle en se redressant dans la cuve. « Je ne mettrais pas un orteil dans ce... »



Une fois de plus, Guul appliqua une pression sur son bras. « Ce que mademoiselle Darring est en train de dire, c’est qu’elle serait honorée d’accepter votre présent, et qu’elle attend avec impatience les prochaines courses des jours à venir. »



« Hey, » dit-elle en dégageant son bras, « Ne répondez pas pour moi, je ne suis pas une enfant, bon sang ! »



« Bon, laissons mademoiselle Darring et monsieur Guul tranquilles, » ponctua Mo’tak. « Ils ont visiblement beaucoup de choses à se dire. » Il se pencha sur la cuve de Darring, la regarda droit dans les yeux, la bouche à quelques centimètres de son visage. « Je suis ravi de vous voir en forme. S’il vous plaît, acceptez mon offre, ce serait une honte de perdre quelqu’un de si talentueux. »



Puis ils disparurent, laissant l’image du M50 sur l’écran vidéo. Lorsque la porte se referma, elle se tourna vers Guul. « Ne répondez pas à ma place. »



Guul secoua la tête. « Si vous refusez cette offre de Mo’tak, il aura gagné trois fois. En écartant Remisk, en vous écartant, vous, et en souillant davantage votre réputation. Les courses sont plus une question d’image que de compétences. Vous avez déjà une mauvaise réputation. Ne la détériorez pas plus en étant désagréable. »



«Mais c’est son vaisseau ! », dit-elle, pointant l’écran vidéo. « Il lui a fait quelque chose, j’en suis sûre. »



Guul secoua la tête. « Non, il n’est pas si stupide, il y a trop de projecteurs braqués sur la compétition désormais, trop de révélations. Il ne peut pas annoncer qu’il vous offre ce cadeau et ensuite le saboter. Il a fait tout ce qu’il pouvait tenter. Maintenant, la question est de savoir qui est le meilleur. Il reste encore beaucoup à faire dans la course, Hypatia. Allez-y et prouvez à tous, à Mo’tak, qu’on ne peut pas vous arrêter, que vous êtes la meilleure. »



Malgré la logique de ses paroles, Darring voulait refuser le cadeau de Mo’tak. D’un autre côté, vaincre Mo’tak avec son propre vaisseau serait jouissif. Mais ce n’était pas juste le problème de monter dans le cockpit. Chaque M50 avait ses propres caprices, sa propre personnalité. Il y avait toujours des problèmes d’équilibrage, de poussée, de dérive qui demandaient à être identifiés et maîtrisés. Les affichages du cockpit devraient être configurés avec ses propres préférences, ce qui lui demanderait du temps. Cela pouvait prendre des semaines afin qu’elle se sente à l’aise avec les commandes. Elle devait peut-être avoir quarante-huit heures pour faire tout cela. Ses brûlures étaient en train de guérir dans cette substance dans laquelle elle baignait, mais sa chair tendue la tiraillait à chaque mouvement. Mo’tak espérait ainsi la placer face à un échec et elle réalisait qu’il n’avait pas besoin de saboter le vaisseau. Sa condition physique actuelle la ralentirait suffisamment.



Guul profitait maintenant des avantages de sa nouvelle amitié. Il n’avait pas le droit de l’interrompre ou de parler pour elle en public. Guul peut m’admirer, pensa-t-elle en se relevant puis en s’asseyant sur le rebord de la cuve. Mais maintenant, il a besoin de me respecter.



« D’accord, Zogat, » dit-elle en cherchant une serviette autour d’elle. « Vous avez gagné. J’accepterai son offre. Je lui montrerai que je suis la meilleure, mais le plus important... Je vais vous le prouver à vous. »



* * *



À nouveau bonsoir, et bienvenue pour la retransmission de la Murray Cup sur le spectrum de GSN. Après la tragédie survenue sur la Mer de la désolation, Darring ayant frôlé la mort et Remisk ayant fait une confession sensationnelle, la compétition revient sur ses rails et reprend une dynamique sereine. Depuis le point de contrôle situé à mi-chemin et à tout droit vers Ellis XII, les pilotes en tête de peloton ont poussé leurs engins à leurs limites. Hypatia Darring revient pour une vengeance lors du chapitre final sur Ellis VIII, acceptant le M50 de Mo’tak, et gagnant deux des trois dernières étapes à travers la ceinture d’astéroïdes, jusqu’au retour vers le dernier point de contrôle à Ellis VIII . La compétition a été acharnée, notamment autour d’Ellis IX, où Darring a perdu du terrain et permis à Mo’tak de prendre la tête alors qu’il talonnait déjà le Hornet de Guul en le forçant à côtoyer les écrasantes forces d'attraction de « l’Oeil », la géante gazeuse. On pouvait sentir leur rivalité lors de la conférence de presse qui a suivi, mais le vétéran Tevarin a une fois de plus surpris tout le monde en remportant le dernier parcours d'obstacles dans la ceinture d’astéroïdes extérieure, démontrant une précision qui le fera entrer de plain-pied dans l’histoire en tant que meilleur pilote ayant participé à la Coupe. La compétition entre maintenant dans sa dernière phase avec seulement 65 participants encore en lice, et les trois premières positions sont détenues par Mo’tak, Darring et Guul. Ces trois champions pourront-ils tenir le coup, ou quelqu’un d’autre sera-t-il en mesure de les doubler et de tous les vaincre ?



La phase finale va bientôt débuter. Allons retrouver Mike Crenshaw qui est sur place, dans l'effervescence. Quelle est l’ambiance dans le porte-vaisseau, Mike ?



* * *



À fleur de peau.



C’est ce qu’était Darring. Juste une boule de nerfs à fleur de peau, toujours prête à décoller si on lui en laissait la chance. Guul avait espéré partager avec elle un peu de son expérience, lui apprendre la sagesse dans ce sport qui est aussi violent pour le corps qu’il l’est pour l’esprit. Peut-être avait-elle appris quelque chose.



Elle pilotait mieux, manœuvrait mieux, prenant très à cœur sa philosophie… La vitesse, c’est la vie. L’observant à travers la baie du porte-vaisseau alors qu’elle essuyait avec un chiffon le ventre de son M50, Zogat Guul ne pouvait pas dire si les progrès de Darring étaient dus à ses compétences où à sa colère. Mais était-ce vraiment un problème ? Finalement, si elle franchit la ligne d’arrivée en première place, tout se résumerait à la victoire, et c’était l’objectif ultime de chaque participant. Rentrer chez soi en vainqueur… Ou simplement rentrer chez soi.



« Hypatia Darring a une dent contre vous, hein ? »



Le visage de Crenshaw était souriant comme s’il avait dit quelque chose d'extrêmement intelligent et habile.



Guul ne mordit pas à l’appât. « C’est une redoutable compétitrice. Comme un Tevarin, elle ne montre aucune pitié envers son ennemi. »



- Pourtant elle s’est retenue autour de l’Oeil juste pour vous forcer à perdre. C’est le geste de quelqu’un qui veut régler des comptes. Que lui avez-vous fait ? »



En effet.. que lui avait-il fait ? Peut-être était-il allé un peu trop vite. Était-ce lorsqu’il l’avait interrompue et parlé pour elle en public à l’hôpital ? Elle n’avait pas voulu répondre lorsqu’il lui avait posé la question, elle avait préféré changer de sujet ou bien s’éloigner. Mais les actions directes, les discours directs : c’était sa façon de faire. Elle avait certainement réalisé qu’il avait raison. Elle devait participer, elle avait dû accepter l’offre de Mo’tak et devait finir la course. Non pas juste pour elle, mais pour l’honneur de sa famille. Et elle ne l’avait sûrement pas blâmé pour avoir pointé cela du doigt.



« Décampe, l’insecte. »



Mo’tak apparut, seul cette fois, et fit une chiquenaude sur Crenshaw comme s’il voulait écraser une mouche. « Le guerrier tevarin ne s’abaissera pas à répondre à une question aussi ridicule. Ouste ! Allez embêter quelqu’un d’autre. »



Crenshaw, la mine basse, se retira néanmoins.



Une fois ce dernier parti, Mo’tak fit face à Guul et lui tendit sa main. « Bonne chance », dit-il.



- Vous voulez me briser la main comme vous avez essayé de le faire avec Hypatia ?



- Je n’en rêverais même pas, mon ami. Je vous souhaite simplement une bonne course. C’est votre dernière, n’est-ce pas ?



Guul hocha la tête. « Peut-être. »



- De plus, vous êtes préparé à la gagner et à être considéré comme le plus grand pilote de l'histoire de ce sport. Et pour cela, je vous souhaite bonne chance. »



Guul lui serra la main à contre-cœur. La poignée de Mo’tak fut ferme sans être éprouvante. Se déplaçant à ses côtés, il plaça sa main libre sur le dos de Guul.



« Profitez bien de tout une dernière fois, Zogat. Cette baie de départ, les journalistes, l’agitation des équipes. Tout cela va vous manquer, mais je pense que plus que tout, c'est la jeune demoiselle qui va vous manquer. »



Avant que Guul n’eut la chance de parler, Mo’tak posa fermement sa main sur la nuque du Tevarin.



Guul sentit un léger pincement et s’écarta brusquement. Une sensation de chaleur s'immisçait sous sa peau. « Qu’est-ce vous avez fait ? »



Mo’tak restait de marbre et continuait de le regarder comme s’ils avaient une conversation agréable. « Gagner contre des pilotes aussi chevronnés que vous et Darring sera un honneur », dit-il, alors que la foule de journalistes se massait à nouveau autour d’eux. « Bonne chance, là-bas, mon vieil ami. »



Guul se frotta la nuque. Le xi’an lui avait fait quelque chose, mais Mo’tak avait encore une fois perpétré son méfait de telle manière à laisser un minimum de preuves. Peut-être que si Guul en référait aux autorités de la
CM
, ils trouveraient quelque chose, mais ses accusations seraient probablement considérées comme infondées. Il regarda tout le monde se préparer, se sangler, se préparer pour l’étape finale. Il pourrait choisir de ne pas participer. Si Mo’tak l’avait drogué comme il le soupçonnait, il serait vraiment dangereux de monter dans le cockpit, mais il écarta vite cette pensée. Il ne pouvait pas abandonner maintenant, pas quand la fin était si proche. Ce n’était pas dans ses principes. Il devait suivre son instinct. Il devait finir la course.



Il regarda à travers la baie en direction de Darring. Elle était en train de mettre son casque, se tenant prête à monter dans son cockpit. Il essaya d’attirer son attention en agitant le bras, mais elle ne l’aperçut pas, ou l’ignora. Quelle qu'était la raison, il était reconnaissant d’avoir eu l’opportunité, au crépuscule de sa carrière, de disputer la course face à une telle combattante, face à une compétitrice comme elle.



La vitesse, c’est la vie, pensa-t-il en mettant son casque de ses mains tremblantes. Mais comme toujours, la vitesse pouvait aussi signifier la mort.



* * *



Guul était juste devant ’elle, Mo’tak dans ses six heures. Elle était parfaitement positionnée pour prendre l’avantage sur le comportement erratique du Tevarin. Il avait accéléré, ralenti, accéléré, comme s’il ne savait pas quoi faire. Ou peut-être jouait-il avec elle, s'affairant à saper sa détermination, la forçant à ralentir et à gérer ses manœuvres insolites, laissant ainsi la place de tête à Mo’tak. Mais c’était stupide, Guul ne voulait pas plus voir l’impitoyable Xi’An gagner qu’elle, alors à quoi jouait-il ?



Ils volaient en orbite haute au dessus d’Ellis
VIII
. Le tronçon final était un long et tortueux enchaînement insensé en forme de huit, aux anneaux éblouissants rouges, verts et blancs qui gardaient la cadence avec le flot naturel des pilotes qui se croisaient près de l’intersection. C’était un endroit dangereux pour les concurrents qui déboulaient de ces anneaux et risquaient de se percuter et ricocher dans l’espace. Même si le vaisseau survivait, le temps pour reprendre sa place après une telle collision serait synonyme de fin de course.



Deux tribunes orbitales juste en-dehors du tracé de la course accueillaient les spectateurs et les hauts dignitaires qui étaient venus voir et partager la gloire du vainqueur. La
CM
retransmettait dans les cockpits de chaque pilote l’énergie et à l’excitation de la foule alors que les annonceurs donnaient en temps réel le décompte des derniers tours. Certains pilotes s’épanouissaient dans l’énergie des foules. Certains se délectaient de ce tumulte. Darring avait coupé le son, préférant plutôt se concentrer sur les vaisseaux situés autour d’elle.



Elle plaça son M50 sur le côté droit de Guul, prenant avantage de la courbe. Il pivota un peu trop son appareil et elle se glissa juste à côté de lui. L’aile du Hornet traversa les murs invisibles du parcours, son ’extrémité traversant la paroi comme l’aileron d’un requin émergeant d’une vague. Il avait perdu du temps à cause de cela, mais il n’avait pas l’air de s’en soucier, maintenant son vaisseau dans la courbe pour prendre l’extérieur. Il vieillit, pensa-t-elle en esquissant un sourire. Il ne peut pas tenir le coup sur un virage si serré. Puis elle réprima sa jubilation. Elle voulait le battre, qu’il la reconnaisse en tant que pilote et en tant qu’égale, pas comme un petit chiot à dresser. Mais elle ne voulait pas qu’il quitte la course. Il restait encore beaucoup de tours à parcourir, beaucoup de slaloms, de virages, et Mo’tak était juste derrière eux.



Le Xi’An précipita son 350r juste sous le ventre de son appareil, empêchant un intrus derrière lui, à bord d’un Avenger survitaminé, de se positionner. Darring se décala sur la droite et sentit la traction puissante des g malgré qu’elle soit fermement maintenue dans son siège. Sa peau avait bien guéri, elle n’avait plus qu’une légère douleur dans les épaules, mais un tel mouvement lui rappelait la fragilité de la chair et sa propre mortalité. Virez trop serré, et vous pouvez vous évanouir.



« Celle-là tu vas pas la gagner, Mo’tak », dit-elle dans son micro. Seul son chef d’équipe pouvait l’entendre, mais il partageait son avis. Il lui donna les instructions qu’elle accepta et elle plaça son vaisseau sur la gauche alors qu’ils sortaient du virage et se dirigeaient vers l’intersection finale.



Guul revint à ses côtés, mais il bougeait encore bizarrement, laissant ses ailes hésiter sur la stabilité. Elle secoua la tête et se concentra sur Mo’tak qui venait de pousser son moteur, montrant des marques de brûlure significatives sur ses tuyères. Il n’aurait pas l’audace de passer devant son cockpit maintenant, pas lorsque la
CM
le suit de si près. En fait, Mo’tak se comportait raisonnablement depuis qu’il avait affiché sa vanité à l’hôpital. Il laissait ses compétences de pilote parler pour lui. Peut-être n’était-il pas ce sale chien pourri après tout, mais elle ne garderait son cadeau après la course.



Des icônes rouges affichant les dangers s’agitèrent sur le radar alors qu’ils franchissaient l’intersection.



Elle ajusta sa trajectoire pour une approche classique sur le côté droit. Mo’tak suivit mais Guul redressa avec difficulté, prenant trop de temps, faisant perdre du terrain à son vaisseau, et il se retrouva derrière une fois de plus. Elle lutta contre une folle envie de le contacter. Mo’tak essaya de la bloquer. Elle agrippa ses commandes et se déplaça avec lui, l’empêchant de prendre d’avantage. Les bips sur l’écran s’intensifiaient. Elle mobilisa toute sa concentration, propulsa son M50 droit devant et pénétra dans l’intersection.



Des vaisseaux retardataires passèrent perpendiculairement, essayant désespérément de rester dans le peloton. L’un d’eux faillit entailler son aile mais elle se dégagea juste à temps sur la gauche. Elle essaya de trouver Guul et Mo’tak au milieu de cette nuée de signaux sur son écran. C’était impossible. Elle slaloma entre les vaisseaux de course hurlants.



Darring sortit de l’intersection, redressa son vaisseau une fois de plus, et se prépara pour le sprint final. Elle vérifia son radar : la folie environnante avait laissé place aux seuls pilotes qui avaient traversé et qui la poursuivaient. Bon sang ! Mo’tak était revenu à sa hauteur et Guul, même s’il peinait, n’était pas loin derrière. Pourquoi je ne peux pas me dégager de ces bâtards ?



Finalement, Guul fit le mouvement qu’elle attendait. Le Tevarin propulsa son Hornet en avant, s'insérant entre elle et Mo’tak avec une telle vélocité qu’il ne fut rien d’autre qu’un long flou. Son cœur s’emballa à sa vue. Elle poussa son moteur et se retrouva juste derrière lui alors que les signaux sur son radar étaient remplacés par la longue indication verte pulsante de la dernière ligne droite. Elle pouvait difficilement contenir son excitation. Elle, Hypatia Darring, en seconde position dans le dernier tour autour d’Ellis
VIII
. La position parfaite pour effectuer une manœuvre ultime et gagner. Et Zogat Guul, le maître, était là, l’entrainant, l’obligeant à mettre de côté ses querelles stupides et à le pourchasser, le pourchasser pour la gloire, la célébrité, pour son épanouissement personnel. Un rire de profonde joie s’échappa de ses lèvres.



La vitesse, c’est la vie.



Ils atteignirent ensemble la dernière portion. Un tour complet autour de la rocheuse Ellis
VIII
. Pleine vitesse. Il n’y avait rien de comparable dans la galaxie. Elle ne pouvait maintenant plus contenir son excitation, elle hurlait dans son micro. Mo’tak essaya de se tailler un chemin dans son espace. Elle lui refusa. Il essaya encore mais elle manœuvra son M50 encore plus rapidement, maintenant la pression sur Guul, laissant les lumières vertes de son radar se dessiner devant sa position.



Guul ralentit, se rabattit à côté d’elle, ralentit encore, la laissant prendre la tête. Conneries, pensa-t-elle, sa frustration croissante. Elle tapa un panneau du poing et l’appela : « Qu’est-ce que vous foutez, bon sang ? »



Elle fut accueillie par une toux, un crachat et des gémissements. Quelque chose n’allait vraiment pas. « Je suis heureux de vous parler une fois de plus, Hypatia.



- Vous vous souvenez de ce que vous m’avez dit ? De ce que vous m’avez fait promettre ? Si j’étais en position de gagner, je devais gagner. Et maintenant vous êtes là, à deux doigts de gagner et vous vous retirez. Expliquez-vous. »



Guul toussa. Comme une toux grasse et sanguinolente. « Ce n’est pas important que je gagne, Hypatia. J’ai suffisamment gagné dans ma vie. Il est temps pour d’autres de briller. Il est temps, pour toi, de briller. Maintenant, va le battre. Et souviens-toi de ce que je t’ai dit. »



Il coupa la connection. Darring cria mais il était parti. Guul perdit de la distance, encore et encore, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus le voir.



Mo’tak jaillit et prit la tête de la course. Merde ! Elle accéléra et piqua pour placer son vaisseau sous le sien, son petit M50 dans l’ombre de la longue masse élégante du 350r. Il ne faisait aucun doute que son engin avait de l’endurance, dans une mêlée, il aurait l’avantage. Elle devait sortir de son ombre, de son influence. Et la seule façon d’y arriver...



Elle essaya de pousser son générateur, écrasant sa manette des gaz, mais rien ne se produisit. Elle essaya encore. Les instruments de son tableau de bord clignotèrent, une fois, deux fois, puis se relancèrent avec des paramètres, mesures et affichages différents. C’est quoi cette...



« Comment va mon vaisseau ? »



Le cœur de Darring s’arrêta. « Mo’tak ! »



« En effet », dit-il, la voix brouillée à travers le réseau de communications. « Et maintenant que j’ai toute votre attention, je vais réclamer ce qui m’appartient. »



Rien ne répondait à ce qu’elle faisait. Elle pianota sur ses écrans, enclencha des interrupteurs, essaya de joindre un officiel de la
CM
mais ce ne furent que des échecs ; par contre son vaisseau répondait parfaitement au contrôle à distance de Mo’tak. Il s’inclina sur la gauche, elle fit de même. Il bascula sur la droite, elle suivit. Finalement, le XiAan positionna son 350r à côté d’elle et, lui faisant signe dédaigneux de la main à travers la vitre du cockpit, il ordonna au vaisseau de Darring de se placer légèrement devant puis dit : « Je vais vous laisser prendre la tête un petit moment, ma chère, puis je vais accélérer prodigieusement à la dernière minute, volant vers la victoire, alors que vous partirez en vrille incontrôlable en percutant la tribune royale, tuant des douzaines de personnes. On se souviendra de vous comme la Bouchère d’Ellis. »



Elle poussa et tordit sa commande de direction, cogna sur son tableau de bord. Elle frappa même les contrôles d'éjection. Rien. « Je vais te tuer d’abord, sale fils de chienne. »



« Et comment allez-vous vous y prendre, ma chère ? Vous n’avez plus le contrôle sur quoique ce soit… Et votre Tevarin est parti. »



Et comme pour répondre, une traînée lumineuse passa en flèche entre eux deux, une gerbe de flammes rouges et oranges sortant des tuyères. Ça brûlait, le générateur cadencé au-delà de ses capacités. Darring plissa les paupières pour apercevoir qui c’était. Elle reconnu les caractères tevarin bleus sur la coque.



Guul.



Son Hornet partit en tonneaux, enflammé et déchaîné. Darring entendit Mo’tak jurer entre ses dents. Elle essaya encore de reprendre le contrôle sur ses commandes. Rien. Elle tenta de contacter Guul mais tout ce qu’elle entendit, c’était les marmonnements agités de Mo’tak qui ordonnait au vaisseau de la jeune femme de s’élever et de le doubler. Darring observa intensément Guul faire tournoyer son engin en flammes puis l'aligner parfaitement avec le sien.



Elle entendit une autre voix grésiller dans son casque. « Bouge ! », dit-elle, rauque, lointaine. « Plonge ! Plonge ! »



« Je peux pas ! », cria-t-elle en retour, mais il n’y eut pas de réponse. On n’entendait que le caquetage exaspérant de Mo’tak. « Dites-lui ce que vous voulez. Il ne peut pas vous entendre. »



Guul bascula sur la gauche. Le vaisseau de Darring suivit l’ombre du Hornet. Il vira sur la droite, elle fit de même. La voix affaiblie de Guul continuait de la supplier de s’écarter. Des larmes coulaient sur son visage, sa voix cassée par l’effort. Mo’tak riait, et riait encore.



Son vaisseau tournoya comme un tire-bouchon sur son axe étiré. Elle ferma les yeux, attendit l’impact, chuchotant doucement à Guul : « Pardon, pardon... »



Puis elle se souvint.



Sous le tableau de bord de chaque M50, il y a un panneau. Et sous ce panneau, une soupape de mise hors-tension, indépendante du réseau électrique principal et des systèmes de commandes. Se pourrait-il que Mo’tak l’ait oubliée ? Il aurait pu, trop confiant dans ses manigances et coups dans le dos, ou après trop de temps passé dans son 350r pour se souvenir de tous les systèmes de son second vaisseau. Mais il aurait pu. Une erreur… finalement.



À travers le voile rouge de la rotation, elle tendit la main sous le tableau de bord, trouva le panneau avec ses doigts tremblants, l’arracha et tira sur la valve.



« T’as perdu, Mo’tak ! »



Le générateur se tut, et avec ce soudain manque de propulsion, son vaisseau partit en vrille sur la gauche. Zogat Guul la croisa en la frôlant et percuta le vaisseau de Mo’tak de plein fouet, explosant à l’impact et envoyant valser leurs carcasses éclatées, enflammées dans le vide.



Le cockpit revint à la vie, ses commandes répondirent de nouveau. Darring sortit son vaisseau de la vrille, relança le générateur et franchit la ligne devant tous les autres pilotes.



Son équipe d’assistance de déchaîna, à l’unisson avec son propre hurlement, mais pour des raisons différentes. Ils étaient heureux, ravis, exaltés que cette pilote, la plus jeune Humaine à avoir gagné la Murray Cup, vienne juste de le faire, et qui plus est, dans un flamboiement de gloire. Ils étaient heureux et ils méritaient de l’être.



Elle ne l’était pas. Oh, elle était heureuse d’avoir gagné, d’avoir remporté la Coupe, d’avoir prouvé à son père que son choix de carrière n’était pas absurde. Elle reposa la tête contre son dossier et se mit à pleurer.. Elle pleura des larmes de joie pour Guul. Elle comprenait désormais pleinement ses mots qui résonnaient dans sa tête. La vitesse, c’est la vie, et il n’y avait pas de vie sans vitesse. Elle comprenait cela, maintenant.



La Coupe n’était juste qu’une course parmi les mille qu’elle disputerait à l’avenir. Mais il ne pourrait pas y avoir de vrai bonheur tant qu’elle ne les aurait pas toutes faites et qu’elle n’aurait pas chassé cette bête qui lui faisait face, qui faisait face à tous les pilotes. Et dans sa mort éclatante, Zogat Guul avait finalement attrapé la bête. Maintenant, c’était à son tour de la poursuivre, et elle le ferait pour lui, pour Guul… Pour toujours.



Derrière la ligne d’arrivée, derrière les tribunes, derrière les accolades et les applaudissements de la foule, Hypatia Darring accéléra et continua sa course.



FIN







Source de cet article | Traduit par Holf, relu par Silkinael, Arma
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